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" J’ai atterri dans les premières soirées Acid House vers 1987 / 88 à Paris. J’avais 20 ans, ce fut un véritable choc. Cette musique n’avait aucun équivalent avec ce que ma génération avait entendu précédemment.
À partir de fin 1991, un appareil photo de qualité très moyenne, parfois jetable m’accompagnait en permanence dans les raves. Ensuite, j’ai utilisé des appareils de meilleure qualité et qui pouvaient toujours se glisser dans ma poche, cela me permettait de rester mobile. Je venais faire la fête comme les autres, j’ai donc vécu le phénomène de l’intérieur. Ces raves étaient totalement underground. Le lieu de la fête était souvent dévoilé au tout dernier moment via une info-line, des flyers ou par le bouche-à-oreille. Nous étions tous là incognito, autant le public que les DJs qui se moquaient bien de toute notoriété bien plus occupés à nous faire « décoller ». Les corps flottaient parfois très hauts dans la nuit. Je suis rarement revenu avec plus d’une vingtaine de photos d’une soirée, deux ou trois de chaque DJ, parfois une seule. J’étais certainement l’un des premiers à photographier de manière systématique, mais il ne s’agissait pas de porter un regard journalistique, ni de couvrir un événement ou d’en faire un reportage. Collecter des portraits de ces DJs jouant des disques pressés seulement à 100 ou 500 exemplaires me fascinait. |
Une partie de ces images a été réalisée dans des lieux qui pour la plupart n’étaient pas initialement dédiés à la fête (entrepôts désaffectés, friches industrielles, péniches) ou dans des clubs. Là, il m’arrivait très souvent de ne pas regarder dans le viseur, de prendre les photos à la volée et de laisser le cadrage à l’improvisation de l’instant.
Une autre partie des photos de ce livre a été effectuée dans un cadre plus intime : il m’arrivait de croiser les DJs à Radio FG, chez un disquaire ou de recevoir des commandes de portraits par la presse (Coda, Self Service, Crash, Novamag…) et là, les prises de vues se faisaient dans la rue, dans les chambres d’hôtel ou chez les DJs eux-mêmes. Teintée d’un soupçon d’innocence et d’un esprit quasi tribal, cette période radicale marque la naissance d’un nouveau son, d’une nouvelle musique. J’ai photographié spontanément et compulsivement cette époque et j’ai conservé ces souvenirs sur des dizaines de pellicules argentiques comme pour garder la preuve que nous n’avions pas rêvé". Olivier Degorce, 2018 Texte extrait de son livre "Plastic Dreams, raves and club scenes" 1991 - 1999 - Headbangers publishing |
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PLASTIC DREAMS
Olivier Degorce HeadBangers Publishing 540 pages 440 photos 220 DJs 12 textes ISBN : 978-2-9543972-2-1 http://www.club75.fr/ed-banger/olivier-degorce-plastic-dreams.html |
Plastic Dreams, recueil d’images inédites photographiées à l’argentique est à voir comme un témoignage précieux des nuits électroniques parisiennes de 1991 à 1999. Des soirées clandestines, des clubs éphémères, des djs tombés dans l'oubli ou aujourd'hui starifiés... c'est toute une révolution culturelle qui se découvre au fil des pages. Cet ouvrage de plus de 500 pages, agrémenté de textes de spécialistes musicaux : journalistes, professeurs, producteurs ou activistes est un très bel hommage à la naissance et émergence de la french touch.
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Normal People by M&M’S (Crash Éditions) parait en France au printemps 1998. Il s’agit du premier ouvrage de photos consacré aux musiques électroniques.
Il réunissait les portraits de près de 200 Dj’s français et internationaux, photographiés pour la plupart à Paris entre 1991 et 1997 ainsi que 15 textes de personnalités impliquées dans la scène house et techno (Jack Lang, Henri Maurel, Didier Lestrade, Jean Yves Leloup, Christophe Vix...) Une nouvelle édition augmentée est prévue à l’automne 2017. Olivier Degorce est représenté par la galerie Intervalle à Paris. |
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They came, They Party'd, They Left (Éditions Dimensions Variables et la galerie Intervalle)
Catalogue d'exposition à l'occasion de l'exposition éponyme à la galerie Intervalle en juin 2015. Acteur et témoin de l’émergence des musiques électroniques, Olivier Degorce photographie compulsivement les fêtes des années 90. Il est un des premiers à documenter systématiquement ces soirées électrisées par des DJ’s encore très discrets, rarement placés sous les feux des projecteurs, parfois cachés parmi les «fétards» dans des lieux secrets ou non autorisés. Les photographies, prises à la volée, avec un appareil argentique de poche, collent à l’esprit spontané des premières raves. Par des snapshots décadrés et parfois trash, par des photos-macros sensuelles de détails du corps, Olivier Degorce radiographie l’énergie volcanique et l’esprit utopique qui règnent encore à cette époque, avant la vague numérique, avant internet, avant la starification du DJ. |
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TEXTE CATALOGUE
Par Fabrice Bonniot, Professeur «musiques et cultures actuelles» à l’I.E.S.A. – Institut d’Etudes Supérieures des Arts, directeur artistique et membre du conseil d’administration de TECHNOPOL depuis 2006 |
"Olivier Degorce est un témoin précieux dans l’histoire des musiques et des cultures électroniques. Dès la fin des années 80, il a documenté la naissance d’une scène qui, au mieux, n’intéressait que très peu les médias dans leur ensemble, au pire, suscitait un mélange d’incompréhension et d’aversion pour le phénomène. Tel un ethnographe, appareil en poche, il est allé à la rencontre d’une nouvelle forme de vie artistique venue d’une civilisation encore inconnue en France : les DJs. Baignés dans un imaginaire de science-fiction, la plupart d’entre eux était fascinés par le funk cosmique de Georges Clinton, le dub afro-futuriste de Lee «Scratch» Perry et l’hybridation homme- machine de Kraftwerk. Leurs influences se mélangèrent à celles de la littérature cyberpunk, à la culture naissante du jeu vidéo et à une certaine forme de mystique techno reliant l’Homme, la terre et l’univers. «They came, they party’d, they left». Les DJs étaient des aliens dans notre paysage artistique ; ils arrivèrent avec des technologies et des modes de narration novateurs. Olivier était sans doute un peu comme eux, un autodidacte éclairé qui découvrait son métier de photographe et succombait lui aussi à la contagion des platines. En ce temps là, les DJs ne craignaient pas les objectifs et Olivier savait attraper des instants de leur travail et de leur quotidien qui n’appartenaient ni à la mise en scène promotionnelle du photo call, ni à l’exercice égocentré du documentaire biographique. Ces instantanés valorisaient certains détails organiques ou techniques du DJ qui seraient apparus incongrus dans la représentation conventionnelle de l’artiste. Un grain de peau, un œil, un motif tatoué, un nombril, une langue, une posture, une table de mixage, un sourire, un front, un postérieur, une bouche, une chevelure, une canette, une main, un disque vinyle.... Ils illustraient la capacité du DJ à utiliser ses sens de manière intime pour capter et transmettre des énergies, des vibrations. Le DJ, comme un moteur sensoriel, créait son «mix» en symbiose avec son environnement. Le regard posé par Olivier sur cette génération dévoilait des traits culturels où la performance, la créativité, la technique et la vie ne faisaient qu’un. Les DJs apportèrent avec eux une science qui allait révolutionner non seulement la production musicale, mais aussi nos vies. Ils avaient «the science of partying», la science de la «Fête». Ils concoctaient une secrète alchimie mêlant la passion pour les disques rares, un savoir-faire audacieux pour les mélanger quel que soit leur genre, et le désir urgent de créer une expérience collective dans laquelle tout le monde pouvait embarquer sans restriction... Une utopie commune à une grande famille ouverte à tous les genres. Quel que soit le port d’embarquement, club ou rave, seule comptait la qualité du partage dans la bulle sonore créée par le DJ durant quelques heures. Nous découvrions avec eux la «Fête» et nous en ressortions transformés. A notre tour, nous collectionnions les disques que nous avions adorés durant cette nuit. Nous devenions un peu des aliens nous-mêmes. Et comme Olivier, nous revenions pour un autre voyage de plus en plus régulièrement. En ce temps-là, la mise en scène des DJs ne connaissait pas les hiérarchies : tout le monde était sur un même niveau d’échanges. L’industrie du divertissement n’avait pas encore absorbé les DJs dans sa logique pop. Aspirant à une forme d’anonymat ou détournant les codes du star-system, ils étaient des « normal people »*." * en référence au livre publié par M&M’S (Olivier Degorce et Alexandre Moggi) en 1998 chez Crash éditions. |